Chronologie : 2 600 ans d'histoire

~600
av. J.-C.
Fondation d'Antipolis par les Phocéens

Des navigateurs grecs venus de Phocée s'installent sur le promontoire et fondent un comptoir commercial qu'ils nomment Antipolis, "la ville d'en face".

43
av. J.-C.
Intégration dans l'Empire romain

Antipolis devient une cité romaine à part entière. Elle frappe sa propre monnaie et exporte salaisons, huile et vin dans tout l'Empire.

Xe siècle
Antibes sous les Grimaldi de Gênes

Après les siècles obscurs post-romains, la ville passe sous contrôle des comtes de Provence, puis de la famille Grimaldi qui en fait une possession stratégique fortifiée.

1481
La Provence rejoint la France

Antibes devient ville-frontière face au comté de Nice, possession des Savoie. Sa position stratégique en fait un verrou militaire essentiel.

1553 – 1585
Construction du Fort Carré

Henri II ordonne la construction de la citadelle à bastions qui domine encore le port aujourd'hui. Vauban en renforcera les défenses en 1698.

1794
Napoléon emprisonné au Fort Carré

Le jeune général corse est brièvement incarcéré lors des troubles révolutionnaires, avant d'être libéré faute de preuves.

1815
Napoléon débarque à Golfe-Juan

Au retour de l'île d'Elbe, Napoléon tente d'entrer dans Antibes : la garnison lui ferme les portes. Il repart vers Paris par la Route Napoléon.

1863
Arrivée du chemin de fer

Le train transforme Antibes en destination accessible depuis Paris en une nuit. Les familles aisées construisent leurs villas, l'essor balnéaire commence.

1946
Picasso s'installe au château Grimaldi

En quelques mois, il crée une série d'oeuvres lumineuses. Le château deviendra le Musée Picasso, l'un des plus visités de France.

1960
Création du Festival de jazz de Juan-les-Pins

Miles Davis, Nina Simone, Louis Armstrong foulent ses scènes. Le festival, devenu Jazz à Juan, perdure chaque juillet.

1972
Création de Sophia Antipolis

La technopole à quelques kilomètres d'Antibes attire ingénieurs et cadres internationaux, transformant durablement l'économie locale.

Antipolis, la cité des Grecs (VIe siècle av. J.-C.)

Tout commence au VIe siècle avant notre ère, quand des navigateurs grecs venus de Phocée, en Asie Mineure, remontent la côte ligure et s'installent sur ce promontoire rocheux qui avance dans la mer. Ils la nomment Antipolis, la "ville d'en face", en référence à sa position vis-à-vis de Nikaia (l'actuelle Nice) de l'autre côté de la baie des Anges.

Le site n'a pas été choisi par hasard. La colline offre une position défensive naturelle, le port permet le commerce, et les terres alentour sont fertiles. Les Phocéens y échangent huile d'olive, vin et céramiques avec les populations ligures qui occupent l'arrière-pays. Antipolis devient rapidement un comptoir prospère.

Le nom "Antibes" en bref

Le nom vient du grec Antipolis : anti (en face) et polis (ville). La ville était littéralement "en face" de Nikaia (Nice), de l'autre côté du Var. Au fil des siècles, Antipolis est devenu Antiboul en provençal, puis Antibes en français.

Sous la domination romaine

En 43 avant J.-C., Antipolis passe sous le contrôle de Rome. La ville prend le statut de civitas foederata, une cité alliée bénéficiant de certaines libertés, puis devient progressivement une cité romaine à part entière. Elle frappe sa propre monnaie, construit des thermes, un théâtre et des temples.

L'amphithéâtre et les thermes romains dont quelques vestiges subsistent sous l'actuel Musée d'archéologie témoignent de cette période d'aisance. La ville exporte des salaisons de poisson, des amphores d'huile et du vin à travers tout l'Empire. Les fouilles archéologiques menées sous le centre historique continuent de révéler des mosaïques, des inscriptions et des objets du quotidien.

Le Moyen Âge et les remparts

Après la chute de l'Empire romain d'Occident, Antibes traverse des siècles difficiles. Ligures, Ostrogoths, Burgondes, Lombards et Sarrasins se succèdent. La ville se recroqueville autour de sa colline, s'entoure de murailles et reconstruit ses fortifications à plusieurs reprises.

Au Xe siècle, Antibes passe sous le contrôle des comtes de Provence, puis de la famille Grimaldi de Gênes qui en fait une possession stratégique. Les remparts médiévaux que l'on peut encore longer aujourd'hui datent en grande partie de cette époque, même s'ils ont été renforcés et modifiés au fil des siècles.

La Renaissance et le Fort Carré

En 1481, la Provence est rattachée au royaume de France. Antibes devient une ville frontière face au comté de Nice, possession des Savoie. Pour protéger ce verrou stratégique, le roi Henri II ordonne la construction d'une forteresse moderne en 1553 : le Fort Carré.

Cette citadelle à bastions, conçue selon les principes de fortification de la Renaissance, domine le port et surveille l'entrée de la baie. Elle ne sera achevée qu'en 1585, mais son rôle de dissuasion est immédiat. Vauban, le grand ingénieur militaire de Louis XIV, en renforcera les défenses à la fin du XVIIe siècle.

C'est dans ce fort qu'un jeune général corse, Napoléon Bonaparte, sera brièvement emprisonné en 1794 lors des troubles révolutionnaires, avant d'être libéré faute de preuves. Il reviendra à Antibes le 1er mars 1815 en débarquant à Golfe-Juan, au retour de l'île d'Elbe : les habitants d'Antibes fermeront leurs portes à l'Empereur, qui devra reprendre sa route vers le nord, ce qui sera connu comme la Route Napoléon.

Napoléon et Antibes

Le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe-Juan avec 1 050 hommes après son évasion de l'île d'Elbe. Il tente d'entrer dans Antibes, mais la garnison lui ferme les portes. Il repart vers le nord par la route qui porte désormais son nom, ralliant Paris en vingt jours pour les Cent-Jours.

Le XIXe siècle et l'essor balnéaire

La paix qui suit les guerres napoléoniennes transforme le littoral méditerranéen. Des aristocrates britanniques, attirés par le doux soleil d'hiver, s'installent sur la Côte d'Azur. Antibes reste longtemps à l'écart de cet engouement, au profit de Cannes et de Nice. C'est surtout le quartier de Juan-les-Pins qui commence à se développer à la fin du XIXe siècle, avec ses pinèdes, ses villas et ses premières plages aménagées.

Le chemin de fer, arrivé en 1863, change tout. En quelques décennies, Antibes et Juan-les-Pins deviennent accessibles depuis Paris en une nuit. Les familles aisées y construisent leurs villas. Le port de pêche devient aussi un port de plaisance.

Le XXe siècle : Picasso, jazz et modernité

L'entre-deux-guerres marque l'apogée de la Riviera comme destination de villégiature des élites européennes et américaines. Des écrivains comme F. Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway ou Graham Greene séjournent à Juan-les-Pins et au Cap d'Antibes. L'hôtel du Cap, le futur Eden Roc, devient le symbole de ce luxe méditerranéen.

Après la Seconde Guerre mondiale, Pablo Picasso s'installe dans le château Grimaldi en 1946. En quelques mois, il y crée une série d'oeuvres lumineuses, exaltées par la vie et la mer de la Côte d'Azur. Le château devient le Musée Picasso, l'un des plus visités de France.

En 1960, le festival de jazz de Juan-les-Pins voit le jour, confirmant la vocation culturelle et festive de la ville. Des légendes comme Miles Davis, Count Basie, Nina Simone et Louis Armstrong foulent ses scènes. Le festival, devenu Jazz à Juan, perdure aujourd'hui chaque été en juillet.

Dans les années 1970 et 1980, la création de la technopole de Sophia Antipolis à quelques kilomètres transforme l'économie locale. Antibes devient une ville double : station touristique et balnéaire d'un côté, bassin d'emplois high-tech de l'autre.

Antibes aujourd'hui

Avec près de 78 000 habitants à l'année, et plus de 300 000 en été, Antibes Juan-les-Pins est la deuxième ville des Alpes-Maritimes. Son port Vauban est le plus grand port de plaisance de Méditerranée, avec 1 500 postes d'amarrage capables d'accueillir des yachts jusqu'à 165 mètres.

La ville porte fièrement ses 2 600 ans d'histoire : les remparts grecs sous les ruelles médiévales, les fouilles romaines sous le musée, les oeuvres de Picasso dans son château. C'est cette profondeur historique, associée au soleil et à la mer, qui fait d'Antibes une ville à part sur la Côte d'Azur.